
ATLAS IGN – LA FORÊT, SEPTEMBRE 2026
Si la forêt française continue de s’étendre à un rythme soutenu, son état sanitaire tend en revanche à se dégrader sous l’effet du changement climatique. Face à cette menace grandissante, les gestionnaires forestiers s’efforcent d’améliorer la résilience des peuplements sylvicoles en s’appuyant sur le suivi scienti&que et les outils de protection.
Depuis plusieurs décennies, la crise climatique met les forêts françaises sous pression!: sécheresses prolongées, tempêtes à la fois plus fréquentes et plus intenses, multiplications des incendies, attaques de parasites comptent parmi les principales menaces perturbant l’équilibre biologique de nos forêts. En raison du nombre croissant d’arbres qui s’affaiblissent ou meurent à la suite de ces événements, la forêt française joue moins son rôle de puits de carbone que par le passé. Selon le Département de la santé des forêts (DSF), chargé de la surveillance sanitaire des forêts hexagonales et corses, 670000 hectares sont désormais en situation de dépérissement, soit 5% de la surface forestière nationale. Sous nos latitudes, les tempêtes sont responsables de près de la moitié des dommages relevés depuis le début des années 1950. Viennent ensuite les feux de forêt (24%) et les attaques de scolytes (17%). D’autres agents pathogènes, au premier rang desquels figurent la chalarose du frêne et l’encre du châtaignier, sont impliqués dans 8% des dépérissements d’arbres. Des facteurs dits « abiotiques », comme les sécheresses ou les chutes de neige précoces, affectent aussi dans une portion significative les peuplements forestiers1.
DES PERTURBATIONS INTERDÉPENDANTES
Tous ces aléas interagissent, par ailleurs, les uns avec les autres. Une forêt endommagée par une tempête sera, par exemple, plus sensible aux pathogènes. L’enchaînement des périodes de sécheresse augmente, pour sa part, le risque d’incendies. Or de telles interdépendances sont amenées à se renforcer à mesure que la planète se réchauffe. Les dégradations subies par la forêt domaniale de La Teste-de-Buch, en Gironde, à la suite des terribles incendies de juillet 2022, témoignent de cette forme d’interactions. Un an après la destruction par les flammes de la moitié des 2000 hectares de cette pineraie-chênaie naturelle, l’écosystème forestier a été confronté à des attaques de scolytes. Grâce à l’analyse d’images satellites, l’IGN a pu cartographier à la fois les zones dévastées par le feu et les secteurs affectés par l’insecte pathogène. À l’appui de ces données, l’Office national des forêts (ONF) a pu mettre en œuvre une stratégie de restauration, combinant régénération naturelle des peuplements à partir des graines enfouies dans le sol, élimination des pins maritimes scolytés et plantation de nouvelles pousses d’arbres (chênes verts et pédonculés, pins maritimes…) sur les secteurs les plus fragilisés par l’incendie. Autant de mesures qui visent à rétablir la diversité initiale de la forêt de La Teste-de-Buch, tout en renforçant sa résilience face aux aléas naturels.

FRÊNES ET ÉPICÉAS SONT LES PLUS AFFECTÉS
En plus des bouleversements climatiques, la forêt française est soumise à la pression croissante des grands ongulés sauvages. Des années 1970 à nos jours, la population de chevreuils et de cerfs a décuplé; celle des sangliers a été multipliée par vingt2. Lorsque ces espèces animales, qui apprécient tout particulièrement le feuillage et l’écorce des jeunes arbres, sont présentes en nombre trop important, elles compromettent la croissance et le renouvellement du milieu forestier. Dans ce contexte, l’IGN déploie, depuis 2023, un nouveau protocole de mesures relatives à la présence de sangliers, d’animaux domestiques et de grands ongulés sur le territoire. Face aux nombreuses menaces pesant sur la forêt française, l’IGN s’efforce d’évaluer la santé des peuplements sylvicoles. Pour cela, l’Institut s’appuie notamment sur la croissance des arbres, estimée à partir de la mesure du volume de bois sur pied. Depuis 2021, le manque de ramifications chez les feuillus et le manque d’aiguilles chez les résineux sont également pris en compte à l’échelle d’une même placette forestière. En croisant cette information avec le taux de branches mortes relevé pour toutes les essences de la placette, il est possible d’estimer avec précision la situation sanitaire de chaque espèce d’arbre dans les di!érents massifs forestiers de l’hexagone.
LA LUTTE CONTRE LES INCENDIES SE RENFORCE
L’analyse de ces données montre ainsi que les arbres les plus affectés par ces aléas divers sont le frêne (26% des spécimens de cette essence), le châtaignier (21%), le chêne pédonculé et l’épicéa commun (10%). En termes de volume de bois perdu ou altéré, c’est l’épicéa commun qui arrive en tête depuis quelques années (2,4 millions de mètres cubes par an), en raison de l’intensification des attaques de scolytes, devant le frêne (1,6 million de mètres cubes par an)3, victime pour sa part de la chalarose, dont l’aire de répartition s’étend désormais à toute la France hexagonale. Il en va de même du risque d’incendie qui n’est plus cantonné au seul pourtour méditerranéen depuis fort longtemps.

Au cours de la dernière décennie, l’étendue de forêts brûlées chaque année en France se situe autour de 9000 hectares4 en moyenne. Ce chiffre, relativement faible au regard des épisodes de sécheresse a!ectant régulièrement notre pays en période estivale, témoigne de l’efficacité de la stratégie nationale en matière de risque incendie. Celle-ci repose avant tout sur l’attaque massive des feux naissants dans les dix minutes suivant leur déclenchement. La$création de pistes forestières et de réserves d’eau dans les secteurs boisés les plus exposés facilite, en outre, le travail des équipes de prévention et de lutte contre les incendies. En parallèle, l’accent est mis sur la prévention via les obligations légales de débroussaillement (OLD), qui concernent désormais 52 départements de France hexagonale5. Parce qu’elles contribuent à caractériser le niveau de combustibilité de la végétation ou à identifier les secteurs forestiers les plus inaccessibles aux véhicules d’intervention, les données cartographiques produites par l’IGN participent pleinement à la stratégie française de lutte contre les feux de forêt.
Sources de l’article :
1 Marco Patacca et al., «Significant increase in natural disturbance impactson European forests since 1950», Global Change Biology, 12/12/2022
2 Office national des forêts, «Cerfs, chevreuils, sangliers… Trop d’ongulés nuit aux forêts », onf.fr
3 IGN, Mémento de l’Inventaire forestier national, 2025.
4 Observatoire des forêts françaises, «L’historique des feux de forêt en France métropolitaine», observatoire.foret.gouv.fr
5 Retrouvez la carte «Zonage informatif des obligations légales de débroussaillement» sur cartes.gouv.fr